Argent de la famille pour le mariage : don ou prêt, il faut trancher

Argent de la famille pour le mariage : don ou prêt, il faut trancher

Imaginez le dîner des fiançailles. Entre le fromage et le dessert, un oncle tend une enveloppe au couple : 8 000 euros pour le traiteur et la salle, « vous me rendrez ça quand vous pourrez ». Tout le monde trinque, personne n’écrit rien. Quatre ans plus tard, l’oncle réclame son argent, les mariés pensaient avoir reçu un cadeau, et la discussion se termine sur un « de toute façon, tu n’as aucune preuve ».

Un mariage coûte cher, et les familles mettent souvent la main à la poche. Or, en droit, l’argent remis par un proche est soit un don, qui ne se rembourse pas, soit un prêt, qui se rembourse. C’est ce flou qui transforme un geste généreux en brouille. Il se dissipe pourtant facilement, à condition de s’en occuper avant le jour J.

Les parents qui paient la noce ne font pas une donation ordinaire

Le Code civil contient une disposition que peu de futurs mariés connaissent. Son article 852 prévoit que les frais de noces, comme les présents d’usage, ne sont pas « rapportés » à la succession, sauf volonté contraire de celui qui les a payés.

Le rapport est le mécanisme qui, au décès des parents, réintègre dans le partage ce que chaque enfant a déjà reçu de leur vivant, pour rétablir l’égalité entre frères et sœurs. Concrètement, si vos parents ont réglé le traiteur et le photographe, votre sœur restée célibataire ne pourra pas, plus tard, exiger que cette dépense soit déduite de votre part d’héritage. La loi range le financement d’un mariage parmi ce que des parents font naturellement pour un enfant, au même titre que son éducation.

Deux limites tout de même. Les parents peuvent prévoir le contraire, par écrit, s’ils veulent que la somme soit prise en compte. Et un cadeau ne reste un présent d’usage que s’il est proportionné : l’article 852 précise que ce caractère s’apprécie à la date où il est fait et compte tenu de la fortune de celui qui donne. Un chèque qui finance l’apport d’un appartement acheté au retour du voyage de noces n’a plus grand-chose à voir avec les frais de la fête. C’est une donation, en principe rapportable, et c’est un autre sujet.

Le prêt, lui, se prouve par écrit

Quand l’argent doit revenir à son propriétaire, la logique s’inverse. « Celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver », pose l’article 1353 du Code civil. C’est donc au prêteur de démontrer qu’il s’agissait d’un prêt, et non aux mariés de prouver le cadeau.

Au-delà de 1 500 euros, cette preuve doit en principe passer par un écrit. Un virement bancaire ne suffit pas : il établit que l’argent a circulé, pas que les bénéficiaires se sont engagés à le rendre. La Cour de cassation le rappelle avec constance aux prêteurs qui se présentent avec leur seul relevé de compte.

L’écrit attendu, c’est la reconnaissance de dette, dont l’article 1376 du Code civil fixe la forme. Pour faire preuve, elle doit porter la signature de l’emprunteur et la mention, écrite par lui-même, de la somme en toutes lettres et en chiffres. En cas de différence entre les deux, c’est le montant en lettres qui l’emporte.

Une page suffit, à condition d’y mettre les bonnes informations

Inutile de passer chez le notaire pour un prêt familial, même si c’est possible. Une page dactylographiée, complétée de la mention manuscrite de l’emprunteur, fait l’affaire si elle comprend :

  • l’identité complète du prêteur et des emprunteurs ;
  • le montant, en chiffres et en lettres, et la date de remise des fonds ;
  • le calendrier de remboursement, même approximatif (« 200 euros par mois à partir de janvier ») ;
  • la mention d’intérêts ou leur absence, sachant que le taux d’un intérêt conventionnel doit être fixé par écrit (article 1907 du Code civil) ;
  • la date et les signatures.

Si l’argent sert à payer les dépenses du couple, faites signer les deux futurs époux. Un seul signataire, c’est un seul débiteur clairement identifié, et la question de savoir si l’autre doit quelque chose risque de revenir au plus mauvais moment.

Au-delà de 5 000 euros, le prêt doit en outre être déclaré à l’administration fiscale, au moyen du formulaire n° 2062. La démarche est gratuite et laisse une trace datée, ce qui n’a rien d’inutile en cas de désaccord ultérieur.

Et quand rien n’a été signé ?

Le droit prévoit une soupape pour les relations de famille. L’article 1360 du Code civil écarte l’exigence d’un écrit en cas d’impossibilité matérielle ou morale de s’en procurer un. Entre parents et enfants, ou entre proches très liés, le juge peut admettre qu’il était moralement difficile de demander une signature. Il ne le fait pas automatiquement : tout dépend de la nature des relations, et le prêt doit alors être établi par d’autres moyens, comme des messages, des témoignages ou des remboursements partiels déjà effectués.

Un document incomplet n’est pas sans valeur non plus. Une reconnaissance signée mais sans la mention manuscrite du montant peut servir de commencement de preuve par écrit, que d’autres éléments viendront compléter.

Ces questions de preuve se règlent rarement entre deux portes, surtout quand le dialogue familial est rompu. Pour un couple installé dans le Rhône, une recherche « avocat droit civil Lyon » permet de trouver un conseil qui traite les prêts entre particuliers et leur recouvrement ; ailleurs, le barreau local joue le même rôle. Mieux vaut savoir ce que vaut le dossier, d’un côté comme de l’autre, avant que les lettres recommandées ne remplacent les repas de famille.

Le plus utile reste de faire signer la reconnaissance de dette le jour où l’argent change de mains, pas après le mariage. Avant la fête, tout le monde est d’accord et personne ne se vexe d’une feuille de papier. Trois ans plus tard, la même feuille ressemble à une accusation.